Brassages et Identités Caribéennes : deux expositions autour de l'identité plurielle


José Nicolas, série Haïti, la terre des Survivants

En ce moment les îles ont la cote à Paris. Deux expositions s’intéressent à la production artistique dans les Caraïbes*[1] (Exposition Identités caribéennes à la 193 Gallery) et dans l’Outre-Mer français* (Exposition Brassages à la Galerie de la Cité Internationale des Arts). À leurs manières, chacune de ces expositions aborde la question du regard des artistes de ces régions sur le monde.


La 193 Gallery questionne l’existence d’une identité caribéenne tandis que l’exposition Brassages organisée par l’association CIFORDOM a choisi d’inviter les artistes à aborder la thématique « Histoire de l’esclavage et Migrations ». Au cœur des questionnements sociaux contemporains, ces thèmes trouvent leurs réponses dans la multiplicité et la diversité des propositions artistiques présentées.

Jean-Marc Hunt, Série Argent Noir, 2009, Encre de Chine et laque (posca) sur papier marouflé sur toile, 50x40cm

Loin d’être un enfermement, à travers ces expositions, l’insularité apparaît comme un entre-deux, un espace de dialogue et d’échange. La Caraïbe est un "arc-archipel"[2] dont l'unité est assurée par la mer des Caraïbes. Les œuvres présentées dans ces expositions reflètent donc une conception archipélique du monde, à la fois fragmentaire et plurielle. Espace multidimensionnel, l’espace d’exposition, tout comme les Caraïbes et l’Outre-Mer, est au croisement des héritages et des mémoires. Passé, présent et images du futur se rencontrent créant un brassage des identités, des temporalités et des réalités. [3]

vue de l'installation de Catherine Seznec : 3 oeuvres de la série Étoffe et 2 oeuvres de la série Valise

Passeurs d’histoire, les artistes agissent comme des révélateurs des tensions entre les identités et les mémoires en présence. À la 193 Gallery, José Nicolas, originaire de Saint-Domingue en République Dominicaine décide de représenter sans mélodrames l'énergie vitale et la force combative haïtienne à travers des photographies débordantes de vie et de couleurs. De son côté Jean-Marc Hunt, originaire de la Réunion et de la Guadeloupe, s'inspire du graffiti et procède par accumulation et détournement pour dépeindre avec ironie la société contemporaine.

Au sein de l'exposition Brassages, Catherine Seznec affirme son identité plurielle à travers l'hybridation des supports et le métissage des matières. La diversité des techniques utilisées crée un univers syncrétique associant l'ici et l'ailleurs, l'individuel et l'universel, le passé et le présent [4]. Kaphéine, artiste plasticienne, graphiste et designer textile, interroge, quant à elle, les déplacements du quotidien physiques et symboliques :

En référence au déplacement qui est inscrit dans mes gènes, je suis à la recherche de l'empreinte du cheminement dans l'espace-temps [5]
Kaphéine, je me baladais, collage, peinture, couture, broderie, 50x70cm

Que ce soit à la 193 Gallery ou à la Galerie de la Cité Internationale des arts, les réponses apportées sont forcément éphémères et mouvantes car hybrides et multiples, dans une incessante négociation de la mémoire avec le temps présent. « Chaque île a sa propre expérience du passé et du présent coloniaux. La division opérée entre les divers territoires ne serait-ce que par les différentes langues parlées rendrait difficile la tâche de réunir tout cela en seul corps » [6]. Et même au sein de l’Outre-Mer français, de l’océan Atlantique à l’Océan Pacifique en passant par les terres australes, le Français suffit-il à créer une identité commune ? C’est sans doute dans le paradoxe d’un éloignement géographique indiscutable, d’un passé colonial commun et d’une identité plurielle que se trouve le fil rouge qui relie ces îles et ces deux expositions à travers un art engagé et ancré dans un contexte.


« Le meltingpot est une hybridation qui transcende l’enracinement africain ou autre pour continuer de fusionner, de se partager et d’évoluer dans le présent ». [7]

Brassages

Jusqu'au 8 juin

Galerie de la Cité Internationale des Arts

18 rue de l'Hôtel de Ville, 75004 Paris



Identités Caribéennes

Jusqu'au 7 juillet

193 Gallery

7 Rue des Filles du Calvaire, 75003 Paris




* Les Caraïbes, d'après Eric Dubesset, comprennent au sens large les archipels antillais et bahamiens, les régions côtières des pays bordés par la Mer des Caraïbes (Mexique, Amérique centrale, Colombie, Venezuela), le Guyana, le Suriname et la Guyane française. [1]

* L'Outre-Mer Français se compose de la Guadeloupe, la Guyane, la Martinique, La Réunion, Mayotte, La Nouvelle-Calédonie, La Polynésie française, Saint-Barthélemy, Saint-Martin, Saint-Pierre-et-Miquelon, les Terres Australes et Antarctiques Françaises et les îles de Wallis-et-Futuna. Hormis la Guyane tous ces territoires sont des îles.


[1] Eric Dubesset, “Penser autrement l’identité caribéenne”, La façade caraïbe de l’Amérique centrale : fragmentation ou intégration “régionale”, études caribéennes n°21, Avril 2012, en ligne : https://journals.openedition.org/etudescaribeennes/5739

[2] ibid.

[3] Myrtha Richards-Marie-Joseph, "Réflexion sur l'art contemporain de la Caraïbe", Zérodeux, sans date, en ligne : https://www.zerodeux.fr/essais/reflexions-sur-lart-contemporain-de-la-caraibe/

[4] Démarche artistique de l'artiste.

[5] Kaphéine dans Charlotte Vannier, De fil en aiguilles, la broderie dans l'art contemporain, Pyramid Editions, octobre 2018

[6] Matilde Dos Santos, "Identités caribéennes : Construction/déconstruction identitaires dans les œuvres de Tirzo Martha et Habdaphaï", AICA Caraïbe du Sud, 1er avril 2016, en lignehttps://aica-sc.net/2016/04/01/identites-caribeennes-constructiondeconstruction-identitaire-dans-les-oeuvres-de-tirzo-martha-et-habdaphai/

[7] ibid.

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